Ma pratique du jeu de guerre remonte à la fin des années 1980. Comme beaucoup j'ai commencé par des figurines en plastique ESCI et airfix. Les Aigles fut ma première règle. Je me suis inscrit en 1991 aux Lanciers de l'Ouest, où l'on pratiquait à l'époque la règle de Scott Bowden Empire V. J'ai participé à la mémorable bataille de Leipzig organisée à Coetquidan en 1992. Je jouais une division russe au nord. J'ai ensuite participé à Eylau en 1993 en tant que divisionnaire du corps d'Augereau. En 1995, j' ai organisé Borodino avec mon club et ai eu le plaisir d'incarner Koutousov, puis d'autres grosses parties ont suivi, sur d'autres périodes que l'empire.

Mon constat fut toujours le même: pour tant de préparation, le temps de jeu est ridiculement court. Le temps d'installer et de ranger, la durée effective de jeu sur un week-end est d'une douzaine d'heures, ce qui est parfois insuffisant pour obtenir un résultat décisif. Mon deuxième constat est que souvent les tables sont trop petites et qu'elles n'autorisent pas de vraies manoeuvres. Les batailles historiques donnent des résultats historiques si les règles sont bien faites et que les camps ont grosso-modo le même niveau de jeu. Si les joueurs commencent la bataille en connaissant parfaitement les forces adverses et le déroulement historique de la bataille, il devient impossible de renouveler un exploit: Austerlitz est ainsi impossible à gagner si les Austro-russes se massent sur le plateau de Pratzen. Mon troisième constat est le suivant: la bataille décisive est le résultat final d'une campagne. Il me semble donc plus intéressant de simuler la campagne elle-même, qui peut mener à des résultats non historiques. Il est par exemple plus intéressant de refaire toute la campagne de Belgique de 1815 que les seules batailles de Ligny ou de Waterloo.

J'aurai pu passer au jeu de guerre avec des pions et des hexagones qui sont capables de simuler très correctement des campagnes militaires. Je reste cependant profondément attaché au jeu de guerre avec figurines. J'ai donc réfléchi aux moyens de faire passer ma passion à l'étape suivante et ai conçu ce projet sur la guerre de 1870.

Comment simuler une campagne militaire avec des figurines?

Premièrement, il faut choisir une campagne historique: j'ai choisi la guerre de 1870 en hommage aux créateurs du Kriegspiel.

Deuxièmement, il faut décider de l'espace de jeu: l'espace de jeu est le nord de l'Alsace-Lorraine: de la frontière allemande à une ligne à quelques kilomètres au sud de Lunéville. La limite ouest est une ligne à quelques kilomètres à l'ouest de Mars-la-Tour et la limite nord à quelques kilomètres au sud de la frontière avec le Luxembourg. J'ai acheté les cartes d'état-major au 1/80 000è de la fin du XIXè siècle, c'est à dire Metz, Sarreguemines, Wissembourg, Lauterbourg, Commercy, Sarrebourg, Saverne, Nancy, Lunéville et Strasbourg. Pour les alentours de Metz, j'ai acquis le cd proposé par Too Fat Lardies qui reprend les cartes prussiennes au 1/8 000è.

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Troisièmement, il faut décider de la règle de jeu tactique. Ce sera la règle de Bruce Weigle '1870' car c'est la plus appropriée à ce projet. La règle la plus réaliste est celle de Von Reisswitz modifiée en 1862, mais l'échelle de jeu est trop petite. Elle est en effet prévue pour que chaque joueur joue au maximum six bataillons, un régiment de cavalerie et une batterie d'artillerie. D'autres règles ont été testées, mais la plupart sont trop tactiques.

La règle 1870 prévoit des tables de jeu au 1/4 000è. Il faut donc que la surface totale des tables de jeu soient quatre-cent fois la surface des cartes d'état-major, soit faire passer l'échelle de 1/80 000è à 1/4 000è. Cela donne entre 700 et 1000 m2. Comment réaliser une telle surface de jeu? J'ai finalement opté pour des toiles peintes suivant les indications des cartes d'état-major. Les toiles peintes sont donc une reproduction des cartes d'état-major multipliées par 20 et habillées pour donner l'impression d'une photo satellite. Cette gigantesque surface de jeu est divisée en rouleaux de 1m50 de large sur 5 m de long. 1m 50 étant selon moi la largeur la plus pratique d'une table de jeu. Il y aura au total plus de cent rouleaux. Deuxième idée; avec ces rouleaux facilement transportables, il n'est pas obligatoire d'avoir une surface de jeu aussi grande en permanence. L'idée est de mettre à disposition 10 tables de 1m50 sur 5m, soit 75 m2 de surface de jeu au maximum pour simuler les combats tactiques avec figurines. Les rouleaux étant posés et enlevés selon les besoins du moment. Pour donner un ordre d'idée, la plus grande bataille de la guerre, Gravelotte-St Privat nécessite la surface d'un rouleau. Comment faire faire ces rouleaux? J'ai la chance de résider en Chine actuellement et peux confier cet énorme travail à un atelier de peinture.

Nous en venons à la durée du jeu: ce sera 15 jours. Si nous prenons comme objectif de simuler un jour de guerre en une journée réelle et il me paraît difficile de faire plus, il est impératif que le temps de la partie soit aussi long: la partie débute le 4 août 1870, le jour de la bataille de Wissembourg et s'achève le 19 août, un jour après la bataille de Gravelotte-St Privat.

Quatrièmement, il faut décider d'une échelle de jeu idéale, adaptée à nos tables au 1/4 000è: l'idéal était d'utiliser le 6 mm préconisé par la règle 1870. Cependant, cette échelle m'a semblée trop petite et frustrante pour les amateurs des uniformes du Second empire. Les bataillons d'infanterie occupent au 1/ 4 000è une base d'environ 3,2 cm de front sur 1,5 cm de profondeur, ce qui est très peu mais la règle prévoit l'échelle doublée, un bataillon étant représenté par 2 bases au lieu d'une. J'ai pris un peu des deux, et décidé d'utiliser des bases bataillonnaires de 4 cm sur 4. Cela représente plus du double de la surface réelle au sol du bataillon, mais après tout, les bataillons envoyaient souvent des compagnies ou des détachements en tirailleur loin en avant de leur ligne de bataille, et il y avait toujours des espaces entre les bataillons. 4 cm sur 4 cm représente donc un bataillon, un demi-régiment de cavalerie et une base de 4cm de front sur 2 cm de profondeur une batterie d'artillerie. Avec de telles bases, il est impossible de jouer avec des figurines en 15 mm car on aurait alors des bataillons de seulement 9 figurines, bien trop peu. Il a donc été décidé d'utiliser des figurines à l'échelle du 10 mm: de près, on distingue bien les uniformes et on peut obtenir un bel effet de masse avec des bataillons à 16 figurines. Pour représenter les unités ayant participé au début de la guerre, il faut donc un peu plus de 16 000 figurines, on peut se référer aux pages d'ordres de bataille.

Cinquièmement: quelles règles ajouter pour que la règle de jeu soit adaptée à une campagne? J'ai décidé de représenter trois niveaux de commandement: premier niveau: les généraux de corps d'armée qui gèrent les combats tactiques et manoeuvrent leur corps au niveau opérationnel. Eux seuls utilisent des figurines. Ils utilisent aussi des pions sur une grande carte d'état-major dans une salle séparée pour la manoeuvre (voir la page spécifique intitulée 'les pions opérationnels').

carte opérationnelle

Le second niveau: les généraux d'armée: ils commandent en chef lors des batailles tactiques impliquant plusieurs corps d'armée, ils reçoivent les ordres du grand état-major et les transmettent en les précisant à leurs généraux de corps. Ils transmettent les rapports de situation au grand état-major et gèrent les divisions de cavalerie indépendantes.

Le troisième niveau est le grand état-major qui gère l'ensemble des opérations. Ce grand état-major est placé dans une troisième salle et communique avec les généraux d'armée par messages. Il faut donc un total de 6 salles: une grande salle tactique, deux salles opérationnelles et deux salles pour le grand état-major. Il faut aussi une salle de contrôle où l'arbitre place sur une grande carte les positions des deux armées, et transmet aux deux camps les troupes ennemies visibles.

Voici la première mouture des règles de jeu opérationnelles:

ROG70__2_.pdf

Et des feuilles de jeu:

Calendrier.pdf

Feuille_de_combat_tactique.pdf

Feuille_de_ravitaillement.odt

feuille_d_Ordre_du_GQG.pdf

feuille_d_ordre_journaliere.pdf